Partager

Un géocroiseur repéré depuis le cœur du Parc !

Dans la nuit du 21 au 22 août, à l'observatoire des Pises, sur le plateau du Lingas, un astéroïde jusqu'alors inconnu a été détecté. Il figure aujourd'hui sur la liste internationale des candidats à confirmer. Sa détection tient à la noirceur du ciel du Parc, que l'association gestionnaire de l'observatoire a activement contribué à faire reconnaître en s'impliquant dans la labellisation de la Réserve internationale de ciel étoilé du Parc national des Cévennes.

 

observatoire du lac des pises
L'observatoire de la Société Astronomique de Montpellier est situé sur le plateau du Lingas à proximité du Lac des Pises en plein cœur de la Réserve Internationale de Ciel Etoilé (RICE) du Parc national des Cévennes © Société astronomique de Montpellier

 

Un corps céleste proche et indétectable à l'oeil nu

 

À 1 300 mètres d'altitude, à proximité du lac des Pises, une coupole veille depuis 1985. Elle abrite les instruments de la Société astronomique de Montpellier, dont un télescope de 500 millimètres de diamètre dédié à la mesure des astéroïdes.

Le 22 août, peu avant quatre heures du matin, une série de poses est enregistrée sur une portion de ciel. Le travail se fait ensuite sur les images, avec une technique appelée suivi synthétique : un logiciel les empile en testant des milliers de trajectoires possibles. Sur l'empilement qui correspond au déplacement réel d'un objet, celui-ci apparaît comme un point net, tandis que les étoiles fixes s'étirent en traits. Un astre trop faible pour émerger d'une seule pose devient ainsi détectable.

Cette nuit-là, un point apparaît là où aucun catalogue ne signale rien. Trois mesures sont effectuées en quatorze minutes. Sa magnitude, autour de 20, le situe plusieurs centaines de milliers de fois sous ce que perçoit l'œil humain par une belle nuit noire. Sa vitesse apparente, elle, trahit un corps proche.

 

copie écran NEOCP
Copie d'écran de NEOCP, un logiciel qui permet de tracker les NEO ou géocroiseurs qu'il faut observer en urgence et découverts dans les observatoires du monde entier. © Société astronomique de Montpellier

 

Astéroïde, géocroiseur : quelle différence ?

 

Un astéroïde est un petit corps rocheux en orbite autour du Soleil. On en connaît plus d'un million, dont l'immense majorité circule dans la ceinture principale, entre Mars et Jupiter, à bonne distance de nous.

Un géocroiseur est également un astéroïde (ou plus rarement une comète) dont l'orbite l'amène dans le voisinage de la Terre. La définition retenue par les astronomes est précise : son point le plus proche du Soleil se situe à moins de 1,3 fois la distance qui nous sépare de notre étoile. Sur le million d'astéroïdes répertoriés, quelques dizaines de milliers seulement répondent à ce critère. Le cap des 40 000 a été franchi en 2025.

 

Asteroide géocroiseur Bennu
L’astéroïde géocroiseur (101955) Bénou photographié par la sonde OSIRIS-REx en décembre 2018 © NASA/Goddard/University of Arizona

 

Le mot français est d'ailleurs un raccourci commode : tous ces objets ne croisent pas réellement l'orbite terrestre. Certains, regroupés sous le nom d'Amor, s'en approchent par l'extérieur sans jamais la couper. C'est pourquoi les spécialistes parlent plus prudemment d'objets proches de la Terre.

Cette proximité est ce qui rend leur recensement stratégique. Ce sont les seuls astéroïdes susceptibles, un jour, de croiser notre trajectoire. Leur inventaire relève de la sécurité planétaire, une mission coordonnée à l'échelle mondiale.

 

Une course contre la montre

 

Un objet mesuré pendant quatorze minutes n'a pas encore d'orbite. Il faut des observations réparties sur plusieurs nuits pour la calculer, et ces corps se déplacent vite : sans suivi rapide, ils disparaissent dans le fond du ciel et sont perdus.

C'est la raison d'être du Minor Planet Center, l'organisme rattaché à l'Union astronomique internationale qui centralise, depuis les États-Unis, toutes les observations de petits corps du système solaire. Les candidats y sont publiés en temps réel pour que d'autres observatoires les pointent au plus vite. Beaucoup n'y survivent pas et rejoignent la longue liste des objets non confirmés.

En face du candidat détecté aux Pises figure une mention : 122 Pises Observatory. Le code officiel de la station cévenole.

 

Logo Minor Planet Center
Le MPC a pour mission de collecter les données d'observations concernant les objets mineurs du système solaire, de calculer leurs orbites et de publier ces informations. 

 

Plus de 90 astéroïdes déjà découvertes par l'observatoire des Pises

 

L'observatoire n'en est pas à son coup d'essai. Reconnu comme station numéro 122 par le Minor Planet Center, il s'est déjà vu créditer 92 astéroïdes numérotées. Plusieurs portent des noms qui ne trompent pas sur leur origine : (16900) Lozère, (18623) Pises, (26210) Lingas, (31192) Aigoual, (86043) Cévennes.

La mesure des petits corps constitue l'activité scientifique principale du site, menée dans le cadre de programmes de science participative auxquels l'association contribue depuis les années 1990. 

L'observatoire fonctionne en cœur de Parc dans le cadre d'une convention avec le Parc national des Cévennes.

 

Intérieur de la coupole de l'observatoire des Pises
Intérieur de la coupole de l'Observatoire des Pises © Société Astronomique de Montpellier

 

Ce que la nuit noire rend possible

 

Détecter un objet de magnitude 20 ne tient pas seulement au matériel ni à la patience de l'observateur. Cela tient à la noirceur du ciel. Il s'agit de distinguer un signal infime du fond lumineux général : la moindre lueur parasite le noie. 

Aux Pises, la qualité du ciel mesurée par l'association atteint parfois 21,89 magnitudes par seconde d'arc carrée, une valeur exceptionnelle d'autant plus élevée que le ciel est sombre.

 

La Voie lactée sur le lac des Pises
La Voie lactée sur le lac des Pises © Guillaume Cannat - Parc national des Cévennes

 

Cette obscurité n'est pas un hasard géographique, c'est le résultat d'un travail collectif. Depuis le 13 août 2018, le Parc national des Cévennes est labellisé Réserve internationale de ciel étoilé, distinction renouvelée en 2022. Avec 3 560 km², c'est l'une des plus vastes du monde. Derrière ce label, il y a des dizaines de communes qui ont rénové leur éclairage public, abaissé leur puissance lumineuse ou encore éteint une partie de la nuit.

 

Territoire de la RICE du Parc national des Cévennes
Le 13 août 2018, le Parc national des Cévennes a obtenu la prestigieuse reconnaissance de Réserve Internationale de Ciel Etoilé, devenant la plus vaste d'Europe.

 

Le bénéfice est d'abord écologique. Un tiers de l'humanité ne voit plus la Voie lactée. La pollution lumineuse désoriente les insectes nocturnes, retarde la sortie de gîte des chauves-souris les plus sensibles à la lumière et perturbe l'orientation des oiseaux migrateurs. Elle est également néfaste pour la santé humaine. Préserver la nuit, c'est donc préserver le vivant.

Mais la nuit noire rend aussi possible ce qui s'est joué le 22 août au-dessus du Lingas : qu'un astronome, dans une coupole cévenole, ajoute peut-être un objet inconnu à l'inventaire du système solaire...

 

 Voie lactée printanière sur le Lingas
Voie lactée printanière sur le Lingas © Guillaume Cannat - Parc national des Cévennes

 

Pour aller plus loin :