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Quand le nom des plantes raconte les Cévennes

Flore

Pauta d’ase, Corbadona, Porraca, Barbajòu... découvrez la nouvelle plateforme qui recense les croyances, les usages et même quelques histoires inattendues qui se cachent derrière le nom occitan des plantes.

Tussilago farfara
Pauta d'ase, Tussilage - Illustration réalisée par Julien Norwood. Ses feuilles cueillies, séchées et mises à fermenter étaient également fumées comme du tabac et les enfants les utilisaient pour confectionner des chapeaux, des masques et autres accessoires ludiques.

 

Pour préserver cette mémoire, le Parc national des Cévennes a confié en 2019 un travail de recherche à l’ethnologue Monique Carlier pour rassembler les appellations occitanes et les usages traditionnels de 250 plantes sur son territoire.

Une plante peut avoir un nom scientifique, un nom français... et parfois, un ou plusieurs noms en occitan. Des appellations qui ne doivent rien au hasard : elles racontent la manière dont les cévenols observaient la plante, l’utilisaient, lui attribuaient certaines propriétés, croyances et l’intégraient dans leur quotidien.

Vous pouvez accéder à cet inventaire sur Flors Cevenas, la nouvelle plateforme créée par le Parc à cette occasion.

Des noms comme une mémoire du territoire

Ces appellations témoignent d’une connaissance sensible du milieu naturel mais aussi d’une époque où les plantes étaient étroitement associées aux activités domestiques, à l’alimentation, à la santé, à l’élevage, aux dogmes ou encore aux jeux des enfants.

Ainsi, Tè de grapaud (thé de crapaud), nom occitan du Grémil pourpre bleu, fait référence au breuvage - sans doute peu apprécié gustativement - obtenu à partir de cette plante. Reconnu pour ses vertus diurétiques, il est aussi appelé, tout simplement, èrba de la pisseta.

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Tè de grapaud, èrba de la pisseta : utilisée pour ses vertus diurétiques. Sa tige fleurie sert à la confection d'une boisson théiforme. © Hectonichus

 

Certains noms font directement référence aux vertus médicinales de la plante, comme èrba de las verrugas (herbe aux verrues), pour désigner la chélidoine. Ou encore èrba dels vèrmes (herbe aux vers) pour qualifier les propriétés vermifuges de la valériane rouge. La èrba de santa Barba ou la barbarée commune, fait référence à Sainte Barbe, la patronne des corporations liées au feu. Elle était utilisée pour soigner les brûlures. 

Èrba dels vèrmes, Tanaisie.
Èrba dels vèrmes (herbe des vers), Tanaisie. On disait autrefois qu'elle "soignait le boeuf et son bouvier": macérée dans l'alcool, elle était notamment employée contre les vers intestinaux. © Lienhard Schulz

 

D'autres appellations sont particulièrement imagées et poétiques : le tussilage, appelé Pauta d’ase, « patte d’âne », évoque la forme de sa feuille qui rappelle l’empreinte laissée par un sabot d’âne. La narcisse des poètes devient Corbadona, la « dame penchée » en référence à sa fleur inclinée au bout de sa tige. Aussi appelée « Pasqueta », elle situe sa floraison autour de Pâques.

Corbadona - Narcisse des poètes
Corbadòna, Pasqueta : ces fleurs sont cueillies pour confectionner des bouquets, des couronnes et des sifflets - Illustration par Julien Norwood

 

On peut aussi des dénominations qui nous entraînent directement du côté des croyances et représentations autrefois associées aux plantes : le Cassa-diable, « chasse-diable » - plus connu sous le nom du Millepertuis - protégerait contre tous les maléfices. Barbajou (« barbe de jupiter ») - la grande joubarbe - fait référence au dieu de la foudre et du tonnerre : en poussant sur les toits, elle prémunirait les maisons contre la foudre, les sorts et les maladies.

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Barbajou, Joubarbe des toits. Son nom signifie "barbe de Jupiter, dieu de la foudre et du tonnerre". Autrefois, on pensait qu'elle protégeait contre les sorts, les maladies et le tonnerre. © Cédric Dentant

 

250 plantes documentées et intégrées à l’inventaire de la flore du Parc national.


Études ethnobotaniques, dictionnaires occitans/languedociens des XVIIIe et XIXe siècles et autres sources existantes ont été rassemblés et croisés par Monique Carlier, ethnobotaniste, pour documenter près de 250 plantes associées à des usages.

Ces informations complètent aujourd'hui l’inventaire de la flore du Parc national. Elles viennent démontrer l’intérêt de ce travail : mettre en lumière que connaître une plante, c’est aussi découvrir les gestes, les représentations, les traditions qui les ont accompagnées pendant des générations.

 

Un patrimoine à découvrir en images avec les illustrations de Julien Norwoord.
 

 

En 2025, le Parc a fait appel à l’illustrateur naturaliste Julien Norwood. Vingt plantes ont été ainsi dessinées avec une très grande précision, parmi lesquelles Arboçièr, Ginoscla, Tè de campanha, Pimpon d'aur, ou encore Lamporda.

Ces illustrations ont donné naissance à différents supports tels que posters, calendriers et les dessins originaux sont actuellement exposés au Musée cévenol du Vigan, dans le cadre de la valorisation botanique du territoire.
 

Une flore à préserver


Évoquer ces usages anciens n’est pas une invitation à les reproduire. Certaines pratiques ont disparu, d’autres ont évolué et les propriétés mentionnées sont présentées à titre documentaire. L’identification des plantes et leur utilisation demandent des connaissances très précises.

Par ailleurs, la cueillette des plantes sauvages est une pratique présente dans les Cévennes mais fait l’objet d’une réglementation spécifique dans le cœur du Parc national pour préserver les espèces.

èrba de gus Clematis vitalba
èrba de gus (herbe des gueux), clématite : nommée ainsi car les mendiants utilisaient ses feuilles pour provoquer des plaies et ulcérations factices sur leurs membres. © Michael Gasperl

 

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