Discrète habitante des rivières cévenoles, l’Écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) est un indicateur précieux de la qualité des cours d’eau. Les résultats des suivis menés par le Parc national des Cévennes, la Fédération de pêche de la Lozère et l'Office Français de la Biodiversité entre 2019 et 2025 confirment une tendance préoccupante : l’espèce recule sur le territoire.
Une baisse nette sur le long terme
Au total, 188 stations* ont été ré-échantillonnées sur les bassins du Tarn, Tarnon, Mimente, Jonte, Altier et Chassezac entre 2019 et 2025.
La comparaison avec la période 2008-2015 montre une diminution significative de la présence de l’Écrevisse à pattes blanches : elle était observée sur 37 stations lors du premier passage ; elle n’est plus présente que sur 20 stations aujourd’hui.
À l’inverse, une autre espèce progresse fortement : l’Écrevisse signal (Pacifastacus leniusculus), originaire d’Amérique du Nord. Présente sur seulement 6 stations lors de la première période, elle est désormais détectée sur 29 stations. Cette dynamique confirme l’expansion de cette espèce dite « allochtone », qui entre en concurrence avec l’écrevisse locale et peut être porteuse de maladies.
Ces résultats, issus d’analyses statistiques robustes, confirment une tendance de fond déjà observée ailleurs en France : l’Écrevisse à pattes blanches reste fragile face aux pressions cumulées (dégradation des habitats, fragmentation des cours d’eau, espèces invasives).
* Une station est définie par un linéaire de 200m de cours d'eau prospecté de nuit par au moins 2 agents.
Des signaux tout de même encourageants localement
Tout n’est cependant pas sombre. Sur deux cours d’eau en cœur de Parc, l’Hort de Dieu et la Fageole, les suivis réalisés en 2025 montrent une augmentation des effectifs par rapport à la session précédente de 2020.
Si les niveaux observés restent inférieurs à ceux mesurés entre 2002 et 2015, cette hausse récente constitue un signal encourageant. Elle rappelle que les populations d’Écrevisses à patte blanche peuvent fluctuer fortement d’une année à l’autre et que certaines conditions locales peuvent favoriser leur maintien.
Par ailleurs, les analyses ne mettent pas en évidence d’impact significatif de l’activité de canyoning sur ces populations, suggérant que d’autres facteurs environnementaux expliquent davantage les variations d'effectifs observées.
Pourquoi ces suivis sont essentiels
Les écrevisses sont suivies selon un protocole rigoureux : prospections nocturnes à la lampe torche et sur des stations fixes de 200 mètres géoréférencées sur le territoire du Parc. Cette méthode permet de comparer les données sur le long terme et d’objectiver les tendances pour ces espèces.
Ces suivis constituent un outil indispensable pour comprendre l’évolution des milieux aquatiques sur le territoire et orienter les actions de préservation. Ils rappellent aussi que la protection de la biodiversité repose sur une observation patiente, régulière et scientifique des territoires.
Discrète, parfois invisible, l’Écrevisse à pattes blanches est une espèce sentinelle de la qualité des cours d'eau de têtes de nos bassins versants.
