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L’arbre, une ressource fourragère

Agriculture


Adrien Messéan est éleveur agroforestier et administrateur de l’Association Française d’Agroforesterie (AFA). À la demande du Parc national, le 9 octobre, il est intervenu à Saint-Roman de Tousque pour dispenser une formation sur l’intérêt du fourrage ligneux dans l’alimentation des herbivores. Interview.

 

 

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© N.Maltaverne - PNC

Vous pratiquez l’affouragement en ligneux depuis de nombreuses années ?


Je dois dire que ce n’est pas une tradition dans l’Aisne. Ma ferme se situe dans une région de grandes cultures où lorsqu’il y a de l’élevage, il n’y a pas d’arbres. Dans notre petite ferme, les arbres ont poussé naturellement et ont aussi été plantés progressivement par mes parents. Les haies les plus anciennes ont 40 ans. Depuis une vingtaine d’années, je poursuis ce travail afin de mieux valoriser mon exploitation. Les ligneux, c’est-à-dire les arbres et arbustes, constituent une ressource fourragère complémentaire et diversifiée pour mon troupeau de vaches allaitantes limousines. Ils produisent également de la biomasse, le bois est utilisé pour le chauffage et le broyat des branches et arbustes pour la litière. Par ailleurs, les arbres apportent une meilleure résilience aux prairies.
 

Dans un contexte de changement climatique, cette pratique se développe t-elle ?
 

Il faudrait qu’elle se développe beaucoup plus. La plantation d’arbres est un travail sur le temps long et lorsque l’on part de zéro, l’effet bénéfique arrive tardivement. Je vis dans une région autrefois régulièrement arrosée et malgré cela depuis plus d’une quinzaine d’années, les sécheresses printanières ou estivales se font de plus en plus fréquentes. Lorsque l’herbe se raréfie, l’arbre est une ressource précieuse pour l’alimentation du troupeau. Les ligneux peuvent représenter un tiers de mon fourrage les années
de déficit pluviométrique, ce qui me permet d’avoir une plus grande autonomie alimentaire. Je mets en place un pâturage tournant sur de petites parcelles où le troupeau, conduit grâce à la clôture électrique, reste seulement 3 à 4 jours pour optimiser la consommation herbacée et des ligneux.
 

Quelles essences sont les plus favorables pour le pâturage, en sachant que les ruminants ne mangent peut-être pas tous la même chose ?


Les grands herbivores, les vaches et les chevaux, consomment des ligneux avec des grandes feuilles et des branches qui cassent facilement alors que les petits ruminants, les chèvres et les moutons, font plutôt de la cueillette, en consommant les petites feuilles et les jeunes rameaux. En France, 60 essences d’arbres et arbustes sont intéressantes d’un point de vue fourrager. Le choix des éleveurs se porte sur les essences adaptées à leur terroir. Dans les Cévennes, le mûrier blanc utilisé autrefois pour l’élevage du ver à soie est une excellente ressource. Les différentes espèces de frênes, le tilleul, l’orme ou évidemment le châtaignier peuvent aussi être valorisés en pâturage. Pour la production de lait ou l’élevage allaitant, certaines essences de ligneux apportent des matières azotées riches en protéines. Mais il ne faut pas seulement regarder la valeur alimentaire des essences, il faut observer son troupeau pour identifier ses préférences alimentaires. Et c’est bien sur la pratique la plus adaptée pour l’éleveur qui doit être réfléchie.

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© AFA

 

Gagner en autonomie alimentaire


Camille Davoult a accueilli une partie de la formation dispensée par l’AFA sur son exploitation à Saint-Roman de Tousque où elle exerce une double activité de castanéiculture et d’élevage. À la tête d’un troupeau de 100 chèvres et bénéficiant de l’AOP Pélardon, elle souhaiterait parvenir à une autonomie alimentaire de 50 % pour son troupeau. Pour cela, elle projette de développer le fourrage ligneux. Un premier pas a été fait en 2020. Avec l’aide du Parc, dans le cadre d’un appel à projet, elle a planté une haie dans sa prairie. Elle souhaite également favoriser la régénération de sa châtaigneraie afin d’y faire pâturer les chèvres. Selon Camille Davoult, « la formation de l’ AFA m’a permis de mieux appréhender comment mener les tailles sur les arbres et arbustes, afin de pourvoir aux besoins de mon troupeau tout en préservant la longévité des ligneux ».

 

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Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle s'intéresse à la situation du loup dans le Parc national.

Vous pouvez le télécharger en cliquant ICI