Sur les grands plateaux des Causses, un oiseau discret mais emblématique attire l’attention des scientifiques : la Pie-grièche méridionale. En déclin en Europe comme en France, cette espèce fait l’objet d’une étude menée par le Parc national des Cévennes et l’Office français de la biodiversité, récemment publiée dans la revue scientifique Alauda.
Objectif : mieux comprendre où et comment cet oiseau choisit de s’installer pour se reproduire… afin de mieux le protéger.
Une étude de terrain à grande échelle
Entre 2021 et 2025, les équipes ont prospecté les Causses de Lozère pour localiser les territoires de reproduction de l’espèce.
Au total :
- 82 sites avec présence de Pie-grièche méridionale
- 263 sites sans présence, utilisés comme points de comparaison
Les chercheurs ont ensuite analysé les caractéristiques de ces sites à plusieurs échelles :
- À très petite échelle : les arbustes utilisés pour construire les nids
- À l’échelle du territoire (100 à 200 m autour du nid) : paysage, relief, végétation, usages agricoles…
Des arbustes bien précis pour nicher
Premier résultat marquant : la Pie-grièche ne choisit pas ses supports de nid au hasard.
Deux espèces sont particulièrement recherchées :
- l’aubépine (39 nids observés)
- la ronce (16 nids), pourtant assez rare localement
Pourquoi ?
Ces arbustes épineux offrent une protection efficace contre les prédateurs, grâce à leur structure dense et difficile d’accès. Cela montre l’importance de conserver ces éléments parfois jugés « banals » dans les paysages.
Un oiseau des milieux ouverts
À plus grande échelle, l’étude met en évidence un autre point clé : la Pie-grièche méridionale privilégie les paysages très ouverts.
Elle s’installe préférentiellement :
- dans des zones peu boisées (moins de 5 % de recouvrement en ligneux)
- sur des terrains au relief peu marqué
À l’inverse, sa présence chute fortement lorsque la végétation ligneuse augmente, et devient presque nulle au-delà de 20 %
Autrement dit : trop d’arbres… et l’espèce disparaît.
Le rôle discret mais essentiel du pastoralisme
Même si cela reste à confirmer statistiquement, les résultats suggèrent que la Pie-grièche est favorisée par les milieux pastoraux.
Ces espaces ouverts, entretenus par le pâturage :
- limitent la fermeture des paysages
- maintiennent une végétation rase favorable à la chasse
Car la Pie-grièche chasse principalement au sol, des insectes et petits vertébrés.
Le maintien d’un pastoralisme extensif apparaît donc comme un levier important pour sa conservation.
Une espèce en déclin
Ces résultats prennent tout leur sens dans un contexte préoccupant :
- - 70 % en Espagne entre 1998 et 2018
- - 40 % en France entre 2007 et 2018
En cause notamment, la transformation des pratiques agricoles et la disparition des milieux ouverts riches en biodiversité.
Des enseignements concrets pour agir
Cette étude apporte des pistes très concrètes pour préserver l’espèce :
- conserver les paysages ouverts
- limiter la progression des boisements, notamment de pins
- préserver les arbustes épineux (aubépines, ronciers)
- soutenir les pratiques agro-pastorales favorables à la biodiversité
Elle montre aussi qu’en restaurant certains milieux (par exemple après des coupes ou incendies), la Pie-grièche peut rapidement recoloniser de nouveaux habitats
Sur les Causses, où les paysages sont façonnés depuis des siècles par l’activité humaine, l’enjeu est donc clair : trouver l’équilibre entre activités agricoles, ouverture des milieux… et préservation du vivant !
Retrouvez le chant de la Pie-grièche méridionale :
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