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Jean-François Maurin, représentant de la Chambre d’agriculture de la Lozère au Conseil d’administration du Parc et Georges Zinsstag, président de la commission agriculture et administrateur du Parc, donnent leur point de vue sur la situation du pastoralisme dans le territoire du Parc, dans un contexte d’augmentation de la prédation lupine.

 

 

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Jean-François Maurin

 

 

 

Quelle est la situation du pastoralisme sur le territoire du Parc ?

Je pense que le pastoralisme est en danger car face à la prédation, les éleveurs sont obligés de changer leurs pratiques. Pour ce qui est des élevages extensifs, force est de constater que les bêtes pâturent moins, elles restent davantage dans les bâtiments. Concernant les bergers transhumants, nombreux sont ceux qui pensent arrêter cette pratique. C’est inquiétant pour notre territoire, car la diminution du pâturage va engendrer la fermeture des milieux, et par conséquent, le risque incendie va augmenter. 

 

On observe que les éleveurs mettent de plus en plus en place des moyens de protection.

Pour pouvoir bénéficier d’un arrêté de tir de défense simple ou pour être indemnisé en cas d’attaque, les éleveurs doivent avoir mis en place des mesures de protection. Au départ, comme les troupeaux se faisaient attaquer de nuit, les éleveurs ont fait rentrer leurs bêtes pour qu’elles passent la nuit à l’abri. Puis, les attaques ont eu lieu le jour et les éleveurs ont mis en place des moyens de protection mais ça ne suffit pas. Comme nous, le loup s’adapte à la situation.

 

D’autres mesures devraient-elles 

être mises en place ?

Certaines mesures ne sont humainement pas envisageables comme le fait de renforcer le nombre de personnes pour garder les troupeaux, ce n’est pas gérable. Je pense qu’il faut réguler le loup comme on le fait pour le cerf ou le sanglier. Le déclassement de cette espèce au niveau européen – d’espèce strictement protégée à protégée – est une très bonne chose. On attend de voir comment cela sera décliné sur le terrain, les éleveurs devraient pouvoir effectuer des tirs de défense simples sans avoir à en demander l’autorisation mais simplement en le déclarant. Il faut en effet qu’ils aient plus facilement le droit de se défendre. Par ailleurs, actuellement le taux de prélèvement sur la population nationale est de 19 %. Si ce quota n’est pas réévalué à la hausse, cela ne changera rien au problème de la prédation. En effet, entre 2018 et 2025, le nombre de loups sur le territoire national est passé de 500 à 1000, avec un taux de prélèvement fixé à 19%, preuve que ce taux n'est pas assez élevé.

 

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Georges Zinsstag

 

 

 

 

Face à la prédation, les éleveurs sont contraints d’adapter leurs pratiques pastorales. Qu'est-ce que cela implique pour eux ?

Pour les éleveurs, l’obligation d’appliquer les mesures de protection (chiens de protection, parcs de nuit, beaucoup plus de présence) représente un vrai bouleversement de leurs pratiques. Cette obligation implique de gros efforts d’organisation, d’adaptation à de nouvelles contraintes, de gestion de tensions et de stress ; elle entraîne aussi que les éleveurs abandonnent des secteurs plus éloignés de leur espace pastoral, intensifient l’alimentation, pratiquent plus de stabulation, passent des ovins aux bovins ou envisagent tout simplement de changer de métier. In fine, le loup provoquera une accélération de la fermeture des milieux, entraînant une perte de biodiversité.

 

Vous avez récemment déclaré qu’il fallait réapprendre au loup à avoir peur de l'homme. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

Les pro-loup estiment que l’importance de la présence du loup dans l’écosystème est son rôle de super prédateur, de « clé de voûte » dans le fonctionnement de la faune sauvage. Or, le loup est un animal intelligent et opportuniste. Il a compris qu’il prenait peu de risques en se montrant en plein jour et en s’attaquant aux moutons, proies plus faciles que les sangliers et les cerfs. Les moyens de protection ne le « punissent » pas, ils lui mettent simplement des obstacles à contourner. Il y a donc un vrai enjeu comportemental, en tirant sur lui en cas d’attaque, pour qu’il réapprenne à avoir peur de l’homme, pour qu’il retrouve son rôle de super prédateur de la faune sauvage. Il serait donc positif que les règles de tir soient assouplies. Reste le problème que la majorité des éleveurs ne sont pas chasseurs et que, par conséquent, l’organisation de ces tirs de défense est compliquée à mettre en œuvre.

 

Le Parc conduit de nombreuses actions pour accompagner les éleveurs, d'autres actions pourraient-elles être conduites par le Parc ou d'autres acteurs ?

Ce n’est pas le Parc qui fait la « Politique loup », il applique des règles établies au niveau national. Il a toujours affiché son soutien à l’agropastoralisme et n’a jamais eu une action en faveur de la réinstallation du loup. Au-delà des actions qu’il mène en soutien des éleveurs pastoraux, ce qui me paraît important, c’est la relation entre les éleveurs et le Parc. De fait, par leur action de maintien de milieux ouverts par un mode d’élevage extensif, favorisant ainsi la riche biodiversité de ces espaces, les éleveurs sont des partenaires du Parc. Par conséquent, avant une action de contrôle et éventuellement de sanctions de la part du Parc, cette relation devrait être basée sur la bienveillance entre partenaires – de part et d’autre !

 


 

 

 

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Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle s'intéresse à la situation du loup dans le Parc national.

Vous pouvez le télécharger en cliquant ICI


Source URL: https://cevennes-parcnational.fr/actualites/regards-croises-sur-le-pastoralisme