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3 questions à Catherine Cibien, présidente du Conseil scientifique (CS) du Parc national.

 

 

 

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Image prise par un piège photographique © Régis Descamps - PNC

 

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Quel est le régime alimentaire et le rôle écologique du loup ?

 

Le loup gris, principalement carnivore, est opportuniste, son régime variant en fonction de la disponibilité en proies et en ressources diverses au cours des saisons. Il se nourrit essentiellement d’ongulés sauvages, chassant surtout des chevreuils, des cerfs, des mouflons, mais aussi des sangliers. Une étude récente menée sur 9 meutes des Alpes évalue à 76% la proportion des ongulés sauvages dans leur régime alimentaire. Les ongulés domestiques (surtout ovins et caprins, plus rarement jeunes bovins et équins) représentant 16% de leur régime, le reste étant composé d’animaux sauvages de plus petite taille et de charognes. Ces données confirment des recherches menées dans d’autres pays. La prédation par les loups contribue à stabiliser les populations d’ongulés sauvages. Celles-ci ont connu une expansion importante à la fin du 20ème siècle malgré la forte augmentation des plans de chasse, occasionnant une forte pression sur la flore et la régénération naturelle en forêt. La prédation concourt à limiter les effectifs, à modifier les comportements (éclatement et décantonnement des hardes de cerfs, plus grande méfiance des animaux, limitation sélective de jeunes). Elle élimine aussi des animaux faibles et malades. Ainsi, la présence du loup se révèle très bénéfique dans les milieux de landes et de forêts. La direction des Eaux et Forêts helvétique, qui constatait un impact croissant des cervidés sur la régénération des boisements, a ainsi reconnu et évalué cet effet bénéfique du prédateur.

 

Quelle est la dynamique de population des loups en Europe ?

 

En expansion depuis les années 1970 à partir de noyaux de populations résiduels d’Italie et d’Europe centrale, il est aujourd’hui présent dans la majorité des pays d’Europe occidentale. Sa répartition s’est élargie, ainsi qu’en France, et ses effectifs ont augmenté dans la plupart des pays. Ces phénomènes sont suivis de manière coordonnée par des groupes de spécialistes. Aujourd’hui, à partir d’isolats géographiques dus aux campagnes de destruction menées depuis le Moyen-âge, les différentes populations se rencontrent. Les premiers cas d’échanges entre individus d’origines italoalpine et balkanique viennent d’être mis en évidence dans l’Est et le Massif Central. Toutefois, la population française de Loup gris, loin d’être sauvée, vient à peine d’atteindre ses conditions de viabilité.

 

Comment soutenir l'élevage pastoral dans ce nouveau contexte de prédation ?

 

La présence du loup implique d’importantes difficultés pour les éleveurs, des contraintes économiques, énergétiques, beaucoup de stress et de difficultés psychologiques, et nécessite des adaptations dans l’organisation du travail et la gestion des troupeaux. Des moyens financiers et en assistance technique, certainement encore imparfaits, existent pour concilier la présence du prédateur et le pastoralisme au travers du déploiement de diverses mesures à combiner : protection des troupeaux (chiens, enclos, gardiennage, effarouchement…), et le cas échéant, tirs de défense. Des mesures d’accompagnement sont aussi mises en place par un soutien économique et assurantiel des éleveurs, des formations et organisation d’échanges de pratiques, ainsi que par de l’aide psychologique face au stress et en cas d’attaques…Le Plan national d’actions sur le loup et les activités d’élevage (PNA) prévoit un système indemnitaire équitable à destination des éleveurs qui ont subi des pertes sur leur cheptel, et des possibilités de tirs de défense. L’indemnisation, soumise à expertise, s’applique quand la responsabilité du loup ne peut être écartée. La reconnaissance de ces difficultés et la mobilisation combinée de ces moyens est aujourd’hui essentielle et soutenue. La recherche de nouveaux moyens de protection et de cohabitation éleveurs prédateurs est toujours en cours. 

 

 

 

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Cet article est extrait du dernier numéro du magazine du Parc de serres en valats. Son Grand angle s'intéresse à la situation du loup dans le Parc national.

Vous pouvez le télécharger en cliquant ICI


Source URL: https://cevennes-parcnational.fr/actualites/loup-son-role-ecologique-et-la-dynamique-de-sa-population-en-europe