Après un premier épisode consacré à l’histoire de la forêt de Rocanti et aux objectifs du Parc et de l’ONF pour transformer cette plantation de Pin noir d'Autriche en une forêt plus robuste et résiliente, place désormais à une étape-clé : la coupe.
Ce matin-là, le chantier est en pleine activité. L'abatteuse s’affaire, les arbres marqués sont coupés un à un, les tas s’organisent. C'est le dernier jour de coupe. Derrière ce travail impressionnant, un objectif clair : ouvrir progressivement le couvert forestier, diversifier la structure du peuplement et préparer le retour d’écosystèmes plus riches — tout en tenant compte des nombreux enjeux de la parcelle. Les arbres marqués d'un trait rouge sont coupés, ceux qui ont un triangle jaune (d'intérêt écologique) sont à préserver absolument. L'opération consiste à couper un peu plus d'un arbre sur dix.
Une coupe précise, planifiée et adaptée aux conditions du terrain
La coupe est réalisée par l’entreprise Vidal, basée à La Canourgue, partenaire régulier de l’ONF.
Comme l’explique Florian Poudevigne, technico-commercial de l'ONF chargé du chantier, l’intervention repose sur une organisation millimétrée :
« On planifie selon les volumes à sortir, mais aussi selon la météo. Quand c’est trop humide, on risque d’abîmer les sols ou de s’embourber. Or les machines doivent tourner : une abatteuse, c’est environ 600 000 €. Trouver les bonnes fenêtres d’intervention est un vrai équilibre. »
Autre difficulté majeure : la disparition progressive des périodes de gel, qui facilitaient autrefois les travaux lourds en forêt. Aujourd’hui, intervenir en hiver sans endommager les sols devient plus compliqué.
Un chantier pensé aussi pour le sylvo-pastoralisme
Sur une partie de la parcelle, le Parc national a demandé une coupe compatible avec le sylvopastoralisme.
Cela implique de laisser de la place à l’herbe. Dans un chantier classique, les branches des arbres coupées (les rémanents) sont disposées dans les cloisonnements, sortes de couloirs dans lesquels les engins circulent (évitant ainsi de dégrader les sols sur l'ensemble de la parcelle). Cela permet d'améliorer la portance des machines, de protéger le sol et d'accélérer la décomposition des branches et des aiguilles (dont les éléments minéraux retourneront ainsi au sol et bénéficieront à la croissance des arbres restés debout).
Ici, les branches fines seront plutôt laissées en tas, entre les cloisonnements, de façon à favoriser l'apparition d'herbe sur ce qui pourra constituer des zones préférentielles de pâturage.
Quatre types de bois, quatre destinations
Chaque arbre coupé est valorisé au maximum. Sur cette parcelle, quatre types de produits sont triés en vue de leurs destinations :
- Bois-énergie (plaquettes forestières ou granulés),
- Palette, en deux qualités (petite et grosse palette),
- Fermette, destinée à la charpente : le produit le plus noble, nécessitant des bois droits, et pas ou peu de nœuds (qui doivent rester petits et "sains" - non pourris).
La machine coupe toujours 10 cm de plus pour s’assurer que la pièce atteigne la dimension demandée par l’industrie.
Le technicien résume :
« L’idée, c’est de rentabiliser toutes les coupes, et de rester le plus local possible. Le bois-énergie ira a priori vers Mende, les gros billons vers la scierie de Cocurès. Seule la petite palette partira certainement à Saint-Flour — mais pas plus loin. »
Des machines intelligentes… et des conducteurs expérimentés
Contrairement à l’idée reçue, piloter une abatteuse ne consiste pas seulement à actionner des leviers.
Il faut savoir lire le bois, évaluer d’un coup d’œil la courbure, les nœuds, la qualité, choisir la longueur optimale… Un vrai savoir-faire.
L’abatteuse utilise un code couleur interne. Pour différencier les produits, l'abatteuse applique sur les billons des points de peinture de couleurs différentes, et les regroupe selon un agencement qui peut paraître à première vue désordonné, mais qui est en réalité pensé pour faciliter le travail du porteur qui viendra ensuite les récupérer.
Les arbres sont immédiatement triés par catégories, et les tas sont géolocalisés automatiquement.
Cette innovation permet ensuite au porteur d’optimiser son travail, de ne rien oublier et d’extraire les bois par catégories, le plus efficacement possible.
Une étape à mener avant le printemps
Le chantier doit impérativement s’achever avant les périodes sensibles pour la faune, notamment pour la chouette de Tengmalm, présente dans le secteur.
Sur les 20 hectares concernés, la coupe a duré environ 2 semaines. Dans un mois environ, elle sera suivie de trois semaines de travail du porteur, qui viendra récupérer les tas de bois et les déposer sur des places de dépôt, en bordure de route ou de piste. Un camion viendra ensuite les charger pour les transporter jusqu'à leur lieu de transformation.
Dans de bonnes conditions, l’abatteuse peut sortir jusqu’à 300 stères par jour : une performance qui montre autant l’efficacité de la machine que la technicité du conducteur.
Après l’abattage, le chantier se poursuivra avec le débardage : le moment où les tas de bois sont regroupés en bord de route, par type de produit.
Une étape clé, qui permettra ensuite au massif de Rocanti d’évoluer vers une forêt plus ouverte, plus variée et donc... plus vivante !
